Pour beaucoup d’entre nous, l’Iran est ce pays islamique, théocratique et oppresseur, cette terre martyre associée à tous les maux du Moyen-Orient. Mais pour d’autres, évoquer l’Iran, c’est continuer à penser à cette culture persane ancestrale (l’une des plus riches au monde), à son art, son architecture, sa littérature poétique et ses traditions. Penser, en résistance, à toutes ces iraniennes et ces iraniens qui ont fait rayonner la diversité et la richesse du peuple persan au long des siècles ! Et pour ce peuple millénaire si souvent mis à l’épreuve, apprendre à exister malgré tout et à défendre son identité profonde a souvent été une évidence.
Photo de couverture – illustration d’Adolie – l’artiste offre cette affiche en téléchargement libre
Depuis plus d’un siècle, l’Iran a connu les zones d’ombre d’une société en mutation constante. A de courts moments de liberté d’opinion et d’expression, ont régulièrement succédé coups d’état et répressions sanglantes. Et à la suite du soulèvement « Femme, vie, liberté » provoqué par la mort en garde à vue le 16 septembre 2022 de la jeune Mahsa Jina Amini pour une apparence pas assez « islamique », depuis quelques semaines, la réalité vient à nouveau signer en lettres de sang l’errement constant du pays entre soubresauts démocratiques et autoritarisme brutal. Le peuple hurle à nouveau dans la rue sa douleur et sa révolte, se soulève contre cette république des Mollahs, liberticide, féminicide, populicide. Et on se prend à espérer encore le retour de la liberté …
A ce jour, des milliers de personnes seraient déjà décédées dans des affrontements contre les gardiens de la révolution et leurs milices obscurantistes, et le blackout internet imposé par le régime laisse craindre bien pire.
Dans ce contexte bouleversant, plusieurs récits que nous avons lus récemment nous reviennent en tête et il nous paraissait important aujourd’hui de vous en parler.
Les livres sont aussi une terre de rébellion et ceux-là font sans doute partie des indispensables pour essayer de comprendre les événements actuels… !
« Torture Blanche, des détenus iraniennes témoignent »
de Narges Mohammadi
Editions Albin Michel

Narges Mohammadi évidemment ! Prix Nobel de la paix 2023, dissidente et qui a été arrêtée à nouveau le 12 décembre dernier avec 38 autres militants pour les droits humains et la justice, est l’auteur, entre autres, de « Torture Blanche ». Ces témoignages qu’elle a recueillis en prison, dans des conditions extrêmement dangereuses, auprès de treize co-détenues déjà placées à l’isolement et qui lui valut de retourner dans ces geôles infâmes où l’on torture, viole, déshumanise les femmes. Un témoignage de résistance unique et un acte de courage bouleversant.
« Torture Blanche, des détenus iraniennes témoignent », de Narges Mohammadi, Editions Albin Michel (20,90 euros)
« Liberté, un amour compromis »
de Maryam Kamyab
Editions Baudelaire

A travers un autre spectre : « Liberté, un amour compromis », ce témoignage de Maryam Kamyab découvert ces jours-ci, et qui nous raconte l’histoire de Bahar, une jeune iranienne, née avant la révolution islamique, dans un pays où les femmes sont aussi libres qu’en France. Elles sont docteures, chercheuses, infirmières, professeures, portent des jupes courtes et les coupes de cheveux du moment, peuvent chanter, danser, flirter, faire du vélo et sortir le soir. Puis arrivent la révolution islamique et 8 ans de guerre contre l’Irak. La petite fille libre découvre l’exode, le deuil, la liberté des femmes soudain compromise puis raptée sans préavis par le fanatisme et l’obscurantisme…un récit et des mots justes, sur l’impact des bouleversements politiques sur une vie ordinaire (largement inspirés par des vécus réels) et qui rappellent que cette histoire est totalement actuelle. Elle est le miroir d’une société où politique et religion ne font plus qu’une, envahissent puis dévorent l’intime. Où les libertés s’effritent sous le poids de la peur et où, malgré tout, comme tous ces manifestants encore dans les rues d’Iran à l’heure où nous écrivons, on continue de rêver de vivre librement.
Un témoignage d’autant plus touchant que Maryam l’a aussi écrit pour ses filles (nées en France, où elle a trouvé refuge en 2002), appris à maîtriser parfaitement cette langue de Molière qu’elle a toujours chérie, et où elle s’efforce de préserver ce qui lui est cher : la liberté des femmes !
« Liberté, un amour compromis », de Maryam Kamyab, Editions Baudelaire (25 euros)
« Nous n’avons pas peur, Le courage des femmes iraniennes »
de Natali Amiri et Düzen Tekka
Editions Poche Faubourg

Faisant aussi douloureusement écho aux événements actuels, le recueil de Natali Amiri et Düzen Tekkal : « Nous n’avons pas peur », paru en 2024. Ce sont 16 femmes iraniennes qui livrent leurs témoignages poignants ! Des voix qui arrivent parfois jusqu’à nous depuis l’exil, parfois même depuis des cellules de prison et qui parlent de cette existence sans droits, contrôlée par la police de la moralité (Gasht-e Ershad), des humiliations, des mises sous tutelle et de la détresse économique. Mais elles parlent aussi d’une nouvelle génération, d’une révolution que plus rien ne pourra arrêter, de liberté à gagner mètre après mètre. Les textes de Golshifteh Farahani, Shohreh Bayat, Narges Mohammadi, Nargess Eskandari-Grünberg, Fariba Balouch… d’une bravoure et d’une puissance incroyable !




