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Cécilia Thibier, demain il sera trop tard

Depuis six ans, elle vit éveillée son rêve de photographe à Biarritz, tout en continuant de courir le monde. Un appareil photo autour du cou, un amoureux autour de la taille et un enfant dans les bras. Plus encore que le surf, son grand kif ce sont les surfeuses. Dans son objectif : Tina (Kunakey), Laury (Thilleman), Laure (Meyer), Iara (Dominguez) ou Maud (Lecar). Toutes sublimes. Pour Le Prescripteur du mois de juin, elle a répondu à l’appel du large du City Call pour nous présenter « sa » Côte basque. Ongi etorri*.

Avant d’être photographe, tu as fait des études de journalisme… La photo n’est donc pas ta première vocation ou as-tu repoussé une évidence ancrée au fond de toi ?

Deux événements m’ont fait comprendre à quel point je voulais être photographe et rien d’autre. Le premier fut un voyage en Birmanie. A l’époque, le pays était dirigé par la junte militaire et il n’y avait quasiment pas de touristes, et surtout pas le droit de prendre des photos, pas de connexion Wifi, ni de réseau cellulaire. A la gare de Mandalay, un soir j’ai assisté à une scène : un jeune bonze était en train de se faire arrêter, la tension montait. J’ai pas sorti mon appareil, alors que j’aurais pu finir en prison et là j’ai capté son regard. Cette émotion m’a fait comprendre qu’être photographe était aussi autre chose que de prendre simplement une photo. L’excitation de l’interdit, la satisfaction du résultat. Cela m’avait procuré une adrénaline qui m’a vite rendu addict. Le deuxième événement a été le concours de la 25e heure à Deauville en 2010, auquel m’avait inscrite ma sœur aînée, elle-même photographe. J’ai gagné le premier prix et ma sœur a obtenu le 2e prix ! En outre, quand Bettina Rheims qui était la marraine de ce concours m’a récompensée, elle m’a dit que j’avais un vrai talent et qu’il fallait continuer dans cette voie…

Quand Bettina Rheims qui était la marraine de ce concours m’a récompensée, elle m’a dit que j’avais un vrai talent et qu’il fallait continuer dans cette voie…

Tu es née à Paris et a grandi en terres normandes, comment es-tu arrivée à Biarritz ?

Je ne tiens pas en place depuis mon adolescence. A 15 ans, déjà, je suis allée seule deux mois aux Etats-Unis à Washington puis j’ai passé mon baccalauréat en candidat libre alors que je vivais à Barcelone. Je n’ai cessé de prendre des chemins de traverse. Ce que je voulais c’était voyager, découvrir le monde, sortir de ma zone de confort. A 20 ans, je suis partie en Asie, j’ai traversé seule neuf pays. Puis ce fut l’Australie en sac au dos quelques mois. J’ai toujours suivi mon intuition, je me laissais guider par les rencontres, les lieux, la beauté des paysages, toujours accompagnée de mon carnet de voyage et de mon appareil photo. De fil en aiguille j’ai quand même eu une licence de journaliste a 28 ans ! Un métier que je n’ai exercé qu’un an à Paris. Mon boss m’a mise face à la réalité en me disant : « Cécilia tu n’es pas faite pour travailler enfermée dans un bureau, mais pour vivre les cheveux au vent et les pieds dans le sable ». Dont acte. Ce fut Biarritz.

Je me suis retrouvée sur les plages biarrotes à tenter de photographier les touristes pour un studio de photo, « Le troisième Œil ».  Ce fut une leçon d’humilité énorme : personne ne t’attend, par principe tu déranges, et on te répond souvent « Non merci j’ai déjà un Iphone. »

 

Une fois sur la Côte basque, tu te dis que tu vas pouvoir vivre de ta passion : la photo, or ce n’est pas si facile…

Non en effet ! (rires). En parallèle de mes voyages, après avoir travaillé dans l’hôtellerie de luxe (Costes notamment) à Paris, je me suis retrouvée sur les plages biarrotes à tenter de photographier les touristes pour un studio de photo, « Le troisième Œil ».  Ce fut une leçon d’humilité énorme : personne ne t’attend, par principe tu déranges, et on te répond souvent « Non merci j’ai déjà un Iphone. » Mais c’est là où j’ai tout appris : savoir écouter les gens, l’empathie, l’humilité, et la base de la photographie, car ce n’était que de l’argentique. Alors qu’à la fin de la saison, je m’apprêtais à rentrer sur Paris  sans véritable envie, j’ai rencontré Laurent (le père de mon enfant) et il m’a proposé de le rejoindre durant la basse saison à Bali – il travaille à Biarritz depuis 12 ans dans la boutique de surf BTZ* qu’il ferme chaque année durant 6 mois pour surfer et voyager. Cela correspondait complètement à ma vision de la vie. J’ai dit oui et huit mois plus tard, j’étais enceinte de Leho, qui a aujourd’hui 4 ans et qui nous suit dans toutes nos péripéties.

Mon amoureux m’avait prévenue : « Si tu veux rester ici, il va falloir que t’apprennes à surfer sinon je te renvoies à Paris ».

Savais-tu déjà surfer en arrivant à Biarritz ?

Ma passion pour les femmes et le surf est née durant ma saison, les pieds dans l’eau où je travaillais comme photographe pour l’école de surf « Hastea » sur la Côte des Basques. Un jour, j’ai vu apparaître une grande sylphide, divine, sur l’eau. Elle semblait danser, elle était tellement gracieuse et belle à regarder que je n’ai pas pu m’empêcher de la prendre en photo, en oubliant les élèves de l’école de surf… C’était Victoria Vergara, une surfeuse réunionnaise (longboardeuse) et elle venait pour la première fois sur la Côte des Basques. Dans l’eau, il y avait aussi Sylvain Cazenave, pionnier de la photographie de surf (il a fait la première couverture de Surf Session il y a 30 ans, de Sports Illustrated…). Je suis timidement aller le voir pour lui demander comment faire pour devenir comme lui ! Il m’a répondu laconiquement : « Vas-y ! » alors J’ai acheté un caisson étanche et me suis mise à traquer les sirènes du bord de mer.

Mon amoureux m’avait prévenue : « Si tu veux rester ici, il va falloir que t’apprennes à surfer sinon je te renvoies à Paris ». Deux ans d’entrainement intenses grâce à lui, m’ont permis maintenant de pouvoir partager des jolies vagues au LineUp.

Tu ne photographies que des surfeuses, jamais de surfeurs ?

Non, car avec les hommes, il y a parfois ce rapport de séduction qui ne me rend pas à l’aise.  Avec les femmes, je suis dans la recherche de l’esthétique sans aucune gêne, je peux voir un corps nu, sans rien voir de sexuel, car je suis moi-même une femme. Mon but est de pouvoir mettre en valeur un corps féminin sans vulgarité, je trouverai toujours quelque chose de beau sans que cela déborde. Le corps d’un homme ne me fait pas cela.

Mon but est de pouvoir mettre en valeur un corps féminin sans vulgarité, je trouverai toujours quelque chose de beau sans que cela déborde.

Quelles sont tes (ta) modèles préférées ?

J’ai un gros faible pour Tina (Kunakey la fiancée de l’acteur Vincent Cassel, NDLR). Elle a un corps incroyable, elle est autant attrayante physiquement que mentalement ; ses imperfections la rendent fascinante. En outre, bien qu’elle soit si jeune, elle a une intelligence émotionnelle qui moi me touche. Elle est devenue mannequin après avoir dû arrêter une carrière de nageuse. Je l’ai connue grâce à Laurent car elle vient à son magasin depuis qu’elle a dix ans. Elle incarne parfaitement sa génération : rebelle et faussement naïve à la fois, voyageant beaucoup défiant les codes, avide de liberté, c’est toujours avec un éclat de rire que ça se termine …

Tes prochaines destinations ?

Hawaï, le Mexique encore, et pourquoi pas L’Amérique Latine. Depuis la naissance de Leho nous avons réussi à partir chaque année, 4 mois environ. Nous ne sommes pas prêts d’arrêter et s’il faut, je lui donnerai des cours par correspondance. (rire) Le comble serait qu’il n’aime pas le surf et qu’il préfère sa ville à notre carte du monde 😉

*Bienvenue

**BTZ, pro Shop Rue Mazagran  64200 Biarritz

 

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Karine
Karine
4 années il y a

Merci , pour ce magnifique partage ?inspirant et touchant il me va droit au cœur ? Bonne continuation ! Au vu plaisir ?

sarina lavagne
sarina lavagne
5 années il y a

Tellement inspirant. Merci ca fait envieeeeeeeeeeeeeeeee