À l’approche de la Saint-Valentin, on nous bassine d’idées cadeaux consuméristes et clichées — fleurs, chocolats, lingerie… Et si le vrai cadeau à se faire dans le couple hétéro, c’était… une vasectomie ? Une vraie discussion autour de la contraception masculine et de la charge contraceptive ?
Ce sont encore massivement les femmes qui portent la contraception dans le couple hétéro. Pilule, stérilet, hormones, effets secondaires, consultations médicales, charge mentale, sexuelle et contraceptive, peur de la grossesse non désirée : le romantisme a ses angles morts, et ils sont très genrés.
Et si on cessait de considérer que la gestion du risque reproductif est une mission féminine, pendant que la contraception masculine reste marginale, invisible, taboue, ou tournée en dérision ? La vasectomie, en France, continue d’être perçue comme une mutilation symbolique, une atteinte à la virilité, un geste extrême — alors qu’elle est l’un des moyens de contraception les plus fiables (devant la pilule) et les moins coûteux à long terme pour le couple.
À l’approche de la Saint-Valentin, on nous bassine d’idées cadeaux consuméristes et clichées — fleurs, chocolats, lingerie… et si le vrai cadeau à se faire dans le couple hétéro, c’était une vasectomie ? Ou, à défaut, une vraie discussion autour de la contraception masculine et de la charge contraceptive ?
C’est justement ce renversement de perspective que porte Thomas Messias, prof de maths et journaliste freelance, créateur et animateur du podcast Mansplaining. Il signe la traduction française de l’ouvrage québécois Vasectomie. Un guide très pratique qui ne fait même pas mal aux éditions Hors d’Atteinte et vient bousculer les fantasmes, les peurs et les récits virilistes qui entourent la contraception masculine.
Celui qui a lui-même eu recours à la vasectomie il y a 10 ans nous dit tout de cette opération bénigne et libératrice pour les hommes, les femmes… et le couple !
Crédit photo de couverture – Mae Mu
Thomas Messias, qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter ce livre sur la vasectomie, un sujet encore peu abordé en France ?
En réalité, c’est l’éditrice qui m’a contacté au printemps dernier avec ce projet « clé en main ». Ce qui est assez drôle, c’est qu’elle ne savait pas que j’avais moi-même subi une vasectomie il y a presque dix ans. Si elle m’a choisi, c’est sans doute parce que je fais partie des rares hommes identifiés qui parlent publiquement de ces sujets. J’avais notamment consacré un épisode de podcast à la vasectomie.
J’aime beaucoup la ligne éditoriale de la maison d’édition, et le sujet me touche personnellement : je suis passé par là. En France, nous sommes encore très peu d’hommes à faire ce choix, donc c’était une excellente idée. Honnêtement, j’aurais presque aimé avoir l’idée moi-même plus tôt. Le projet m’a été présenté comme un « cadeau de Saint-Valentin », et j’ai tout de suite eu envie d’accepter. Le livre original est court, clair, très pédagogique : j’ai immédiatement vu qu’il y avait une vraie matière à adaptation, et que ce serait un travail agréable.
Donc vous avez eu recours vous-même à la vasectomie ?
Oui, il y a presque dix ans !
La contraception reste très largement portée par les femmes. En quoi la vasectomie peut-elle être un levier de rééquilibrage de cette charge ?
La contraception reste très largement portée par les femmes. Personnellement, j’ai eu trois enfants. Quand il a été clair que notre famille était complète, la question de la contraception s’est naturellement posée. Pour moi, le choix relevait presque du bon sens : la vasectomie est une opération courte, bénigne, sans conséquences majeures. À côté de ça, la mère de mes enfants avait pris la pilule pendant des années. La stérilisation féminine est une opération beaucoup plus lourde, avec davantage de risques et de complications.
À titre personnel, le choix a été rapide. Et ce qui m’échappe, c’est qu’il ne soit pas plus systématique. Cela me semblait logique que ce soit mon tour.
Je me suis aussi rendu compte que le mot « vasectomie » est très peu connu. Il faut souvent expliquer ce que c’est à des hommes de tous âges. Certains pensent même qu’il s’agit d’une castration.
Thomas Messias
Il y a un énorme manque d’éducation sur le sujet. Il n’existe aucune campagne de sensibilisation, aucun message de santé publique. Dans les salles d’attente des médecins, on voit des affiches sur le cancer de la prostate, mais jamais sur la vasectomie.
Dans votre travail, vous montrez que la vasectomie est entourée de fantasmes et de peurs. Lesquels vous ont le plus frappé ?
La peur de la douleur, la peur de la perte de virilité, l’idée de la castration, l’angoisse d’une atteinte au plaisir sexuel, la peur de l’irréversibilité… Tout cela repose sur une profonde méconnaissance.
Thomas, en tant que qu’homme ayant eu recours à la vasectomie… Est-ce que ça fait mal ?
C’est une opération réalisée sous anesthésie locale ou générale. Personnellement, j’ai choisi l’anesthésie locale après discussion avec mon urologue. Il y a une petite gêne au réveil, mais rien de significatif. Il est recommandé de ne pas avoir de relations sexuelles pendant trois semaines à un mois, masturbation comprise.
La gêne dure quelques jours. Honnêtement, sur une échelle de douleur de 1 à 10, on est à 2 maximum. Dans le livre, il est question de se mettre un petit sac de petits pois congelés entre les jambes, mais très sincèrement, ce n’est même pas nécessaire.
Est-ce que la vasectomie est fiable ?
Oui, elle est extrêmement fiable. On sectionne le canal par lequel passent les spermatozoïdes. On coupe un « petit tuyau » : mécaniquement, ils ne peuvent plus circuler.
Il faut cependant faire un spermogramme après l’intervention pour vérifier qu’il n’y a plus de spermatozoïdes dans le sperme et confirmer l’infertilité.
Efficacité des différentes méthodes de contraception :
Vasectomie 99,9%
Stérilet hormonal 99,8%
Ligature des trompes 99,5%
Stérilet de cuivre 99,1%
Implant sous cutané 99%
Pilule contraceptive 91%
Préservatif 85 à 98%
Retrait 73%
Que deviennent les spermatozoïdes après une vasectomie ?
Ils ne se baladent pas dans le corps. Le corps est intelligent : il comprend qu’il n’y a plus de nécessité d’en produire. Il y a une sorte d’impasse biologique. Il faut bien faire la distinction : on continue à produire du sperme. La texture, la couleur, le volume ne changent pas. On n’arrête pas d’éjaculer. Simplement il ne contient plus de spermatozoïdes.
Je me souviens qu’un médecin m’avait dit au sujet de la vasecomie : « À moins d’amener un microscope dans votre lit, vous ne verrez aucune différence. »
Thomas Messias
Est-ce que la vasectomie nuit au plaisir sexuel ?
Non. Absolument pas. Physiologiquement, ça ne change strictement rien.
Les seules difficultés possibles sont psychologiques : un homme qui se sentirait « dévirilisé » pourrait avoir une approche différente de la sexualité, voire des troubles de l’érection. Mais ce ne sont pas des causes médicales. Et en général, quand une vasectomie est pratiquée, c’est qu’elle a été choisie, réfléchie. Les hommes trop angoissés ne passent pas à l’acte.
La vasectome est-elle irréversible ?
Techniquement, non : il existe une opération appelée la vaso-vasostomie. Mais elle est peu fiable, avec un taux de réussite autour de 40 %, et plus on attend, plus ce pourcentage baisse. Il ne faut pas compter dessus.
Il faut envisager la vasectomie comme une opération irréversible. En revanche, il est possible de congeler ses spermatozoïdes avant l’intervention, ce qui est proposé par les urologues.
Thomas MEssias
Votre livre interroge la notion de virilité, comme dans l’un de vos précédents ouvrage intitulé A l’écart de la meute. Avoir recours à une vasectomie, est-ce de nouveau une manière de se mettre à l’écart de la majorité des hommes ?
Oui, complètement. Beaucoup d’hommes ont l’impression que la vasectomie les coupe de leur virilité, qu’ils sont « moins hommes qu’avant ».
Accepter la vasectomie, c’est dire : je me démarque, j’assume une autre forme de masculinité. Et, modestement, c’est aussi inspirer les autres hommes. Si moi je m’en extrais, est-ce que d’autres vont suivre ?
Dans les discussions, ce sont souvent les autres hommes qui abordent le sujet, sur le ton de la rigolade, mais on sent l’appréhension et la méconnaissance. Faire entrer la vasectomie dans « la meute », c’est énorme : c’est très peu pour nous, mais c’est énorme pour la vie d’un couple.
Pourquoi la vasectomie reste-t-elle marginale en France ?
Le livre est une adaptation d’un texte québécois, et ce n’est pas un hasard.
Le Canada est le champion du monde de la vasectomie : environ 20 % des hommes y ont recours au cours de leur vie. En France, on est autour de 30 000 interventions par an, ce qui est dérisoire.
Thomas Messias
Il y a eu là-bas de vraies campagnes de santé publique. Des figures comme Michel Labrecque ont popularisé la vasectomie.
En France, le sujet est resté tabou, caché, la vasectomie était presque interdite avant la loi de 2001, car elle n’était pas expressément autorisée par le droit français. Jusqu’à cette époque, il n’existait pas de cadre légal clair pour cette opération, et elle pouvait être considérée comme une atteinte à l’intégrité physique car non justifiée par un intérêt thérapeutique. Aujourd’hui c’est autorisé, mais on n’en parle jamais.
Même dans l’éducation à la sexualité, on évoque toutes les contraceptions féminines, jamais la vasectomie. Moi-même, en tant qu’enseignant, je n’ai jamais entendu ce mot dans ce cadre.
La vasectomie est un choix politique qui n’a jamais été fait et qui ne risque pas d’être fait étant donné les débats actuels autour de la natalité. Et c’est regrettable, car pendant ce temps-là, ce sont des femmes qui abîment leur santé toute leur vie avec des contraceptions hormonales.
Thomas MEssias
Que diriez-vous aux femmes qui aimeraient que leur partenaire s’empare davantage des questions de contraception, mais se heurtent à des résistances ?
D’abord : bon courage. Honnêtement, je n’ai pas de solution miracle. Quand on se heurte à un mur, c’est difficile.
J’ai surtout envie de dire aux hommes : bougez-vous. Faites preuve d’empathie. Regardez autour de vous qui porte la charge contraceptive et sexuelle, et demandez-vous comment prendre votre part.
thomas messias
Si votre livre pouvait faire évoluer une seule chose dans notre rapport collectif à la contraception, laquelle serait-ce ?
Idéalement, qu’il ouvre le dialogue dans un maximum de couples hétérosexuels.
Tout le monde peut avoir peur des opérations chirurgicales, de l’anesthésie, et c’est humain. Mais si le livre peut créer des discussions — même le soir de la Saint-Valentin — alors il provoquera forcément des prises de conscience, des décisions, immédiates ou différées.
Si les hommes comprennent que la vasectomie est une opération courte, indolore, sans conséquence sur la sexualité ni le plaisir, il n’y a aucune raison rationnelle de refuser.
Thomas messias
Et enfin, Thomas Messias, regrettez-vous votre vasectomie ?
Non, pas du tout. Pour la petite histoire, je ne suis plus en couple avec la mère de mes enfants. Mais j’ai trois enfants, je me sens complet. Un jour, on m’a posé cette question atroce : « Et si l’un de tes enfants meure ? ». ça n’a aucune sens : on ne « remplace » pas un enfant par un autre. Et puis je ne suis ni milliardaire ni super-héros : s’occuper de trois enfants, c’est déjà beaucoup !
Vasectomie. Un guide très pratique qui ne fait même pas mal
par Laurence Atkins-Beaupré, Sébastien Hurteau, Étienne Marcoux, Maude Paquette et Thomas Messias (17€)





