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Créations de raphia : Ibeliv ou l’émancipation des femmes malgaches

Créations de raphia Ibeliv ou l'émancipation des femmes malgaches interview Liv fondatrice le prescripteur marie masuyer crédit photo John Lander

A travers des accessoires de mode magnifiques confectionnés par des femmes de Madagascar habitées par un désir d’émancipation, Liv et sa marque Ibeliv nous rappellent combien l’artisanat d’art et nos ressources naturelles sont des richesses incommensurables pour nos sociétés. Rencontre inspirante et inspirée…

Il y a des rencontres qui, sans être providentielles, semblent parfois un peu « inspirées ». On croise une personne, un objet, un parfum, une idée qu’on trouve séduisante, et puis le hasard nous remet à nouveau en sa présence, une fois, deux fois… comme des petits coups de coude pour nous dire qu’à un moment, il va vraiment falloir prendre le temps de découvrir !

C’est un peu comme ça que j’ai fait la connaissance de Liv et de sa marque Ibeliv. Je les ai croisés plusieurs fois, sur les réseaux, dans des boutiques ou repéré leurs accessoires sur une copine… jusqu’à les voir « en vrai » récemment, à l’occasion des 10 ans de la marque sur leur corner de la Samaritaine.

J’applique les techniques d’hier aux besoins d’aujourd’hui, dans l’espoir de mieux vivre demain.

Liv, fondatrice d’Ibeliv

Liv, peux-tu nous raconter les prémices de la marque ?

Tout est né du courage et de la persévérance de ma maman, Tiana.

Liv, fondatrice d’ibeliv

Elle est née à Madagascar dans une famille de 11 enfants, composée de 2 filles et 9 garçons. Sur l’île, les hommes sont un peu la caution « réussite » des familles. C’est en eux qu’on place tous les espoirs de progression. Ils sont censés avoir une plus grande force de travail, pouvoir gérer la transmission des valeurs, les héritages divers. Dans les familles, l’affection parentale n’est donc pas toujours dispensée équitablement.

C’est ce qui a forgé le caractère de ta maman, Tiana ?

Oui sans doute, même si je pense qu’elle est née avec un vrai tempérament d’entrepreneuse. Quand très jeune, elle s’est retrouvée obligée de m’élever seule, elle a fait preuve d’un grand courage et d’une ingéniosité remarquable. Pendant qu’elle poursuivait ses études, elle a commencé à réaliser elle-même des objets pour les vendre et assurer notre quotidien. En faisant cela, elle a aussi pris conscience de l’importance fondamentale de l’artisanat pour l’indépendance des femmes à Madagascar.

Elle t’a aussi appris à construire ta propre indépendance ?

Absolument ! Elle a tenu à m’inculquer la persévérance, la bienveillance, le partage et elle s’est démenée pour que je puisse partir faire mes études d’expert-comptable en France. C’était un sacrifice de me voir partir, mais elle savait que cela assurerait mon indépendance.

Comment est née l’idée d’Ibeliv ?

Arrivé en France, avec toutes les valeurs et les trésors de Madagascar dans le cœur, j’ai fait de merveilleuses rencontres, humaines mais aussi culturelles. Je me suis passionnée pour le design. Une fois mon diplôme obtenu, j’ai commencé à évoluer dans le monde de l’entreprise et j’ai vite compris que je n’y étais pas à ma place.

J’ai eu envie d’un retour aux sources et l’idée a germé de concevoir des accessoires valorisant nos ressources naturelles et tous les savoir-faire anciens de Madagascar, mais en y ajoutant une touche plus contemporaine.

Liv, fondatrice d’ibeliv

Retour donc auprès de Tiana et début de l’aventure ?

Oui ! Comme elle avait toujours œuvré dans ce domaine, elle s’est totalement éprise du concept et nous avons commencé à recruter ensemble les premiers artisans.

Quels sont les mottos d’Ibeliv ?

Ibeliv souhaite offrir aux femmes malgaches une perspective professionnelle et émancipante.

Liv, fondatrice d’ibeliv

Elles sont incroyablement motivées par le projet depuis toujours ! Chaque femme devient l’artisane des créations Ibeliv, mais aussi l’artisane de sa propre vie ! Elle transmet son amour, son histoire et ses aspirations à chaque pièce qu’elle confectionne (le nom des artisanes qui ont travaillé sur une pièce est inscrit dessus !).

Après déjà 10 ans, où en est Ibeliv ?

Aujourd’hui nous sommes environ 2000 personnes à travailler pour la marque. Plusieurs centaines d’artisans qui oeuvrent avec nous pour incarner le progrès et l’épanouissement et travaillent nos matières premières, le raphia, le cuir tanné ; et nos techniques ancestrales comme le crochet.

Nos valeurs restent les mêmes : face à une époque où tout s’accélère, nous prenons le temps nécessaire à la création de produits empreints d’une âme et résultant d’un véritable savoir-faire. Ce que la nature nous offre, nous essayons de le restituer dans sa plus pure expression esthétique.

Nous croyons que notre consommation peut être plus responsable humainement et écologiquement. Que l’on peut veiller à produire en respectant l’Homme et la Nature, tout en proposant des produits parfaitement adaptés à l’ère du temps.

Liv, fondatrice d’ibeliv

Justement, en parlant d’éco-responsabilité, quels sont vos engagements ?  

Au-delà des mots, le respect de la matière et des Hommes est le fil d’Ariane de toutes les étapes de la conception et de la réalisation des accessoires Ibeliv. Cela se traduit par des engagements forts. Tout d’abord, nous privilégions l’utilisation de matières premières durables ainsi qu’une démarche écoresponsable pour préserver l’environnement et ses ressources.

Ensuite, nous valorisons le travail fait main et les techniques de fabrication ancestrales pour en assurer la sauvegarde et la transmission aux générations futures.

Liv, fondatrice d’ibeliv

Je crois savoir que vous proposez également un dispensaire pour les familles qui travaillent avec Ibeliv et que vous collaborez avec de grandes institutions humanitaires internationales ?

En avril 2022, l’unité de santé « Manampy, Résilience et Vie » a ouvert dans l’enceinte des ateliers Ibeliv. Fruit d’un partenariat public-privé entre l’entreprise et UNFPA, l’agence des Nations Unies en charge de la planification familiale et de la santé de la mère et de l’enfant, le centre est ouvert tous les jours et dispense des consultations et soins gratuits. Deux sage-femmes gèrent le centre, secondées par un médecin attitré. 

En un peu moins de deux ans, le centre a donné plusieurs dizaines de consultations prénatales, de planification familiale, de soins et prévention des infections sexuellement transmissibles et autres pathologies récurrentes. Les services sont progressivement améliorés en fonction de la demande.

L’objectif général étant d’assurer la résilience des travailleuses et la bonne santé générale de la communauté environnante d’Ambohidratrimo, située à une quinzaine de kilomètres de la capitale, Antananarivo.

Quels sont les prochains défis d’Ibeliv ? 

Toujours progresser, toujours évoluer, aller vers de nouveaux projets, de nouvelles créations, de nouvelles collaborations et tout cela en gardant bien sûr notre ADN. L’entreprenariat a besoin de ça aussi, de la nouveauté… régulièrement !

  1. Sac AKAMA, 170€ | 2. Sac TOKYO II, 170€ | 3. Pochette VAO, 120€ | 4. Capeline à larges bords MIARO, 150€ | 5. Pochette TANALA, 110€
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